Ford a effectivement démarré le moteur. Il rugit.
Le son d’un V8 atmosphérique, en particulier d’un moteur de 5,4 litres, marque la prochaine étape majeure du projet d’hypercar LMDh 2027. C’est la machine construite pour mettre fin à une sécheresse de 58 ans. Aucune victoire absolue aux 24 Heures du Mans depuis l’époque du GT40.
Le cœur de la voiture est le V8 « Coyote ». Oui, la même lignée que celle trouvée dans la Mustang GT3 avec laquelle Ford est actuellement en compétition. La direction a confirmé plus tôt cette année qu’elle ne passerait pas à un autre groupe motopropulseur. Pourquoi compliquer les choses quand l’ADN de la marque crie combustion ?
“Quand vous avez un moteur aussi emblématique… vous vous appuyez sur votre ADN.”
Cette citation de Dan Sayers, chef de la division hypercar de Ford, résume bien la situation. Il a appelé ce V8 spécifique un pont. Pas seulement du métal et des pistons. Un lien littéral entre les légendaires victoires en GT40 du milieu des années 1960 et l’objectif du championnat 2027.
Pourquoi un V8 atmosphérique dans une voiture d’endurance ?
La plupart des prototypes modernes utilisent des moteurs de plus petite cylindrée associés à un boost électrique ou à des turbos complexes. La réglementation LMDh limite la puissance du système à 671 chevaux. Chaque fabricant reçoit le même composant hybride de spécifications. Mais le moteur à combustion est à vous. À vous de régler. C’est à vous d’échouer si vous vous trompez.
Ford a choisi une stratégie de pont.
Les victoires des années 1960 utilisaient différents V8. Une unité de 7,0 litres a propulsé les victoires en 1966-1967. Les changements de règles ont forcé un passage à 4,9 litres pour les victoires de 1968-1969. Le nouveau Coyote de 5,4 litres se situe en plein milieu. Cela maintient l’âme en vie. Cela évite la froideur d’un V4 turbo.
Est-ce le moyen le plus rapide de faire un tour du Paul Ricard ? Peut-être pas sur papier. Mais ça vend des billets. Et c’est important pour une marque qui a survécu autant grâce aux muscle cars qu’aux boîtes économiques.
Le développement s’est fait en interne. Les ingénieurs du Michigan ont mené la charge. Ils ont bénéficié de l’aide de l’équipe Red Bull Ford Powertrains. Oui, cette unité de Formule 1. La pollinisation croisée entre les voitures de route et la technologie F1 signifie généralement des cycles de développement plus rapides.
Les tests commencent le mois prochain. La voiture frappe durement les circuits européens. Ils doivent vérifier trois choses principales :
- Performances aérodynamiques
- Fiabilité de l’ensemble mécanique
- Intégration avec le système hybride obligatoire
C’est une propulsion arrière. Toujours. En course d’endurance.
Quels châssis et quels pilotes seront en compétition ?
Les règles LMDh imposent une plateforme partagée. Ford a choisi l’équipe française Oreca. Tout le monde reçoit une baignoire Oreca. Vous pouvez y appliquer le style que vous voulez, mais le squelette est standard.
La composition des pilotes semble risquée.
Sébastien Priaulx. Mike Rockenfeller. Logan Sargeant.
Priaulx et Rockenfiller viennent tout juste du championnat IMSA Sportscar aux États-Unis. Ils y conduisaient des Mustang GT3. Passer du GT3 au LMDh est un saut, mais Rockenfeller a déjà participé au Mans. Il a gagné en 2010. Il sait ce que ça sent sur la ligne de départ.
Sargent est le joker. Il a passé quelques saisons en Formule 1 chez Williams. Il est rapide. Mais il est également inexpérimenté dans les épreuves d’endurance par rapport aux vétérans. Le rythme brut de la F1 se traduit-il par un travail de 24 heures ? Nous verrons.
Pour l’instant, Priaulx et Rockenfuller courent en European Le Mans Series. Ils utilisent une voiture LMP2 soutenue par Ford. C’est une bonne pratique. Le cockpit est similaire. Les vitesses sont élevées. Les nuits sont longues.
La voiture fonctionne. Le moteur démarre. Le calendrier se rapproche de 2027.
Le bruit des gros V8 vous manque-t-il, ou pensez-vous que Ford s’accroche au passé au lieu d’innover pour l’avenir ? La piste décidera. Les données ne mentiront pas, même si le marketing le fait.






























